La boîte de Pandore est ouverte et c’est cocktail virus pour toutes et tous. Nous sommes lassitude et il va falloir… arrêter de l’être et accepter les changements. Nos évolutions. Et parler sérieusement du télétravail même si j’opte volontairement pour l’humour. Je vais vous révéler un grand secret : en télétravail et en presentiel, nous sommes très exactement… les mêmes. Illustration via quelques portraits de collaborateurs •trices
Taiseux ou Thésard
Il ou elle vit dans son bureau comme dans une cellule de moine. Qu’il soit juriste ou analyste, qu’elle soit comptable ou sociologue, c’est bien simple vous n’existez pas ou si peu. Si vous entrez dans son bureau, il sursaute comme si un monstre venait de surgir d’une faille spatio-temporelle. De votre côté vous avez l’impression d’avoir interrompu un processus de création digne d’Einstein et bafouillez en tendant votre offrande : un article, un amendement ou un tableau Excel. En télétravail, le Taiseux affectera la même présence en zoom qu’en présentiel : attentif et impatient de retourner à ses chers travaux.
Cancre
Vous savez celui qui dit oui à ceux qu’il aime et non… au professeur (vous). Champion de la veste sur la chaise et du mail programmé. Tout le monde pense l’avoir vu mais personne ne sait où il va. En télétravail, il sera le premier à couper sa caméra ou mettre en fond d’écran une photo d’elle en mode studieux et à bricoler des réunions zoom improbables avec des gens inconnus. Bref, vous ne l’avez même jamais vu assez longtemps pour le convoquer.
L’insaisissable
Attaché•e à procurer des élans d’angoisse ou de colère compulsives à ses managers, l’insaisissable ne prend jamais de notes et ne vous donnera jamais plus qu’un vague post-it. Joyeux, c’est le papillon de l’entreprise. Convaincue de la transversalité de sa bonne humeur, il baguenaude de services en services. Il guette le moment où vous allez exploser pour vous apprendre qu’il a signé sur un coin de table un contrat de 10 millions avant de repartir gaiement raconter ses exploits. Il ou elle vous énervera tout autant en télétravail. Et il fera le job tout autant.
Socialite
Colleuse de gommettes, commerciale ou charmant à l’accueil, il ou elle a besoin de l’Autre comme de l’oxygène. Sa vie, c’est vous voir. Vous. Sa mère. Le voisin. Le facteur. Il ou elle a mal vécu le confinement, adoptant un chat, une peluche, la voisine. Il se raccroche à toutes les réunions zoom et saute sur le moindre prétexte pour vous parler. Rapidement le télétravail a trouvé ses limites, votre collaboratrice semblant perdre ses couleurs au fil des jours, il a fallut réintégrer votre fée en catastrophe.
Nous avons beaucoup parlé de l’impact du télétravail (en bien ou mal) sur les collaborateurs. Mais qu’en est-il des mangers ? Pas foufou si on en croit le Medef qui opte prudemment pour la prudence. Alors qui sont-ils/elles ?
Parent
Vous êtes une grande famille sur laquelle il ou elle règne avec bienveillance et autorité. Le confinement a été un choc : qu’allaient devenir ses enfants ? Surtout le petit dernier, tout juste embauché, avec ses grands yeux de lapin bleus (les yeux pas le lapin, hein) ? Et Marlène ? C’est qu’elle est pas jeune Marlène ? Et puis comment ça marche ce machin zoom ? Pourquoi je suis tout seul ? C’est quoi un chat ? Où êtes-vous ? Il ou elle finira par s’adapter mais c’est quand même mieux de se retrouver.
Top manager
C’est le patron. Point. Il n’a aucun doute là-dessus et vous n’en doutez pas non plus. Que vous soyez là ou non, il sait que son aura vous atteint. Il a tout de suite souscrit aux abonnements zoom multi-fonction et organisé votre journée. Il adore la possibilité de vous faire poireauter en salle d’attente ou de couper votre caméra et votre micro. Il pointe du doigt tour à tour vos trombines dans l’écran. Il attend ni plus, ni moins de vous en télétravail qu’en présentiel et voit tout de suite la possibilité pour Charlotte de la Com d’organiser un karaoké géant via écran interposé.
Aïe
À chaque instant de la journée, il ou elle exige des preuves de vie. Dans le même bureau que vous, elle écoute les bruits du clavier et observe si vous bougez régulièrement la souris. Absent de votre bureau, il s’inquiète : où êtes-vous ? Que faites-vous ? Rien au mieux, des abominations au pire. C’est simple, il ne vit pas et vous non plus. En télétravail, vous pointez, elle ou il vous appelle, crée des groupes sur Whatsapp, Télégramme, MSN, même un réseau inuit qu’on lui a suggéré. Il envoie 400 mails par jours et en reçoit 3 500 en retour. Il est heureux du retour en présentiel et vous accueille avec le bonheur d’un gardien qui a retrouvé ses prisonniers.
L’intermédiaire
Souvent la grande victime du télétravail, il a parfois tout simplement disparu pendant 6 mois, squizzé par ses directeurs qui traitent directement avec ses collaborateurs. Dans le pire des cas, son poste sera remis en cause par son autorité supérieure ou par… lui-même. Dans le meilleur, il a mis différents sas autour de ses collaborateurs et renforcé les liens en direction du haut et en direction du bas.
Le chat
Au fond c’est lui le vrai patron
Nous sommes évidemment dans la caricature. Mais il semble que nous n’ayons pas encore percuté que nous avons socialement subi une tectonique des plaques. Nos centres de gravité ont bougé. Notre place au sein de notre entreprise ou association, au sein de notre couple, au sein de notre famille mais aussi de nos amitiés a évolué parfois de manière brutale sans que nous nous posions pour nous redéfinir. Il est temps d’en convenir.

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