Nous gagnons tous à être connu. Mais est-ce bien raisonnable ?

2–3 minutes

lire

Il y a quelques 27 000 ans, Raymond Théodule Cro Magnon, avide de faire connaître ses peintures au restant de l’humanité et faisant fi des conseils de prudence de ses congénères, revêtit ses plus belles fourrures et franchit d’un pas bravache les limites de son territoire. Pour finir hélas tout droit dans la gueule d’un tigre à dents de sabre, peu au fait de la notoriété de notre artiste. L’histoire raconte que ce fut suite à ce carnage que fut inventée l’expression « pour vivre heureux, vivons cachés ».

Car la notoriété va à l’encontre de notre esprit reptilien : être visible est risqué. De se faire tuer, d’être mangé. Être visible implique donc des qualités de courage ou… de folie. Prenons l’exemple du fou du roi (ou bouffon). Ce dernier portait des habits très colorés qui l’identifiait en tant que professionnel et pouvait lui apporter une certaine protection. A noter qu’au delà disons du « fou professionnel », la Cour recherchait également des « innocents » pour pouvoir exercer leur cruauté courtisane. Mécanisme qu’on retrouve dans certaines émissions actuelles : les uns incarnés par les comédiens et les artistes, les autres clairement identifiés en tant que victimes médiatiques.

De nos jours, le bouffon incarne l’anti-système. Même si c’est moins évident dans la bouche de nos adolescents. A noter néanmoins, que pour exercer en cour, les bouffons suivaient, eux, une réelle formation, qui était plus adaptée aux hommes d’esprit qu’aux réels crétins selon Erasme dans son Éloge de la folie, XXXVI.

Je pourrais continuer ce billet sous l’angle des réseaux sociaux et du quart d’heure de célébrité mais cela fera l’objet d’une publication plus conséquente et tardive. J’opterai plutôt sur notre rôle en tant que communicants consistant souvent à apprendre au Roi qu’il est nu (et à en subir les conséquences) et sur cette nouvelle exigence -non plus tant de publier (ou périr comme on dit au CNRS) mais d’apparaître en vidéo ou mieux encore à la lucarne de nos téléviseurs. Pour exister. Ou plutôt pour travailler. La nuance est importante et la frontière bien étroite et vite franchie par certains et certaines d’entre nous.

Dans les deux cas, l’exercice est périlleux. Oui on peut être à l’aise en public, brillant en exposé et absolument incapable de bafouiller plus de deux mots devant une caméra. Ou au contraire, avoir la timidité du jeune faon et vous révéler en diva du dancing une fois la caméra enclenchée. Mais comment savoir ? Comme sur le Titanic, il faut se jeter à l’eau, Rose. Vous pouvez soit vous filmer en solitaire tranquillement chez vous, soit demander à un de vos collaborateurs ou à un professionnel de vous assister. L’important est que vous soyez en confiance et prêt à vous remettre en question. Le collaborateur ou le professionnel, lui, est censé faire preuve de pédagogie. Pédagogie qui pourra aller jusqu’à vous inciter à… renoncer.

Un dernier point : devenir visible, implique aussi d’offrir votre image et votre message aux tigres de ce monde. Et il y en a beaucoup. Et ils peuvent être bien méchants.

Laisser un commentaire