Je fais partie de la dernière génération probablement qui aura réussi à atteindre l’échelon d’un comité de direction sans formation. Comme mon père avant moi qui, sans diplôme, aura fini sa carrière sur un poste de directeur national d’un grand contentieux. Nous avons appris sur le tas comme on dit. Formés sur le terrain par des responsables qui eux-mêmes étaient partis du bas de l’échelle.
Bien connaître le secteur, le métier, avoir progressé ne nous a pas évité pour autant des erreurs de management. Car être un excellent collaborateur ne fait pas automatiquement de vous un bon manager. Et pourtant, souvent, c’est ce à quoi vous aspirez et c’est ce qu’une fois obtenu, on attend de vous. N’oublions pas non plus que si le génie est solitaire, ce n’est pas plus mal pour un entourage vite usé par le génie créatif en question.
Le collaborateur qui ne souhaite pas devenir chef de services, directeur, est parfois, lui, déconsidéré : « si vous n’êtes pas ambitieux pour vous alors vous ne le serez pas pour votre entreprise » soupçonne t’on. Sans lui braquer une lampe dans les yeux encore faudrait-il savoir pourquoi ?
L’ambiance dans l’entreprise est bien évidemment un facteur : si l’encadrement subit un turnover fréquent, cela n’encourage guère les vocations. Si on vous fait comprendre que « si tu ne viens pas le samedi, inutile de revenir le dimanche », ça peut en freiner aussi. Si les « vieux lions » font systématiquement la peau des lionceaux de peur de la concurrence, les jeunes lions ou lionnes partiront.
Même pas peur
Votre personnalité joue aussi. On peut être timide ET ambitieux, auquel cas vous risquez de forcer le trait, de peur de vous fracasser sur vos peurs. Il vous faudra du temps et de l’accompagnement. On peut être sûr de soi et ne pas savoir comment réagir face à la détresse de quelqu’un, à son incompétence ou à son refus de collaborer. On peut confondre autorité et despotisme. On peut aussi être terriblement concentré sur son domaine de compétence et totalement à la ramasse sur ce qui se passe dans son service.
On peut être très heureux également en restant où on est. Forcer un collaborateur à devenir un manager alors qu’il ne le souhaite pas, ne fera au final que des désespérés.
On peut également souhaiter avoir un poste de direction pour avoir les mains libres et le budget, les droits, tout en en refusant les devoirs : le management et les ressources humaines. Et il ne faut pas se leurrer : plus on progresse dans l’entreprise et plus les RH et le management vous prendront du temps. Jusqu’à vous prendre parfois 90% de votre temps de travail. Certains le refusent « je n’ai pas le temps de gérer une cour de récréation ». Et c’est vrai qu’on ne vous a pas embauché pour ça mais pour doter votre structure d’une stratégie. Vous vouliez apporter une vision et vous vous retrouvez à faire tampon entre Maurice et Rosalie. Sauf que si vous ne le faites pas, c’est toute la structure qui peut s’effondrer. Car un chef, ça doit cheffer.
Évidemment tout cela, on ne l’apprend pas non plus à l’école. Quoi qu’en disent les grandes écoles, elles ne peuvent former à elles seules les « manageurs de demain ».
Alors il vous faudra admettre si vous ne savez pas. Être lucide si vous n’y arrivez pas. Reconnaître si vous avez fait des erreurs. Et vous réorienter si l’évolution vous semble impossible. C’est comme l’amour, il y a les cours et la peau.

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