Entrez ici dame Élizabeth Clémentine Madeleine Bourgine

Tropiques au compteur

Vous ne pourrez pas dire que je n’ai pas de la suite dans les idées après les plannings insensés, les sirènes et les Tropiques criminels, je vous offre la grande et magnifique Elizabeth Bourgine, visage familier de Meurtres au Paradis qui fait également les beaux jours de France Télévision, série filmée en anglais, dont Mademoiselle enregistre son dialogue en français après.

Crédit photo : Béatrice Cruveiller

Vous me direz « pourquoi Mademoiselle ? Je croyais que cela ne se disait plus ? ». Et bien déjà, on l’utilise si on le souhaite et plus particulièrement au théâtre car Elizabeth Clémentine Madeleine Bourgine fit ses débuts au Conservatoire d’art dramatique de Rennes. Elle fit ensuite, à Paris, (au Cours Florent), la connaissance de Jacques Weber et de Francis Huster qui deviendra son partenaire sur les planches dans « Le Cid », en 1978.

Toujours étonnante, on la retrouve en cuir et sous le prénom de Gin-Tonic aux côtés du détective Nestor Burma incarné par Michel Serrault. Depuis, sa grâce naturelle n’a jamais quitté la lucarne.

Mais de quoi parle-t-on ? 

  • 18 films au cinéma
  • 5 pièces de théâtre
  • 59 rôles dans des séries en et récurrente depuis 2011 dans Meurtres au Paradis

Et la reconnaissance du métier pour cette artiste infatigable dont le Prix Romy-Schneider en 1985 qui récompense le meilleur espoir du cinéma français et deux nominations au César en 1984 « César du meilleur espoir féminin pour Vive la sociale ! (de Gérard Mordillat) » et en 1985 « César de la meilleure actrice dans un second rôle pour La Septième Cible (Claude Pinoteau) ».

Elle se bat aujourd’hui aux côtés d’une cinquantaine d’actrices (dont Marina Tomé) au sein du collectif AAFA-Tunnel de la comédienne de 50 ans* pour en finir avec l’omerta de la profession sur l’invisibilisation progressive des actrices alors même que, selon les statistiques de l’INSEE, une femme majeure sur deux a plus de 50 ans, ce qui représente 52 % de la population féminine majeure. 

« Ainsi seulement 9 % des rôles sont attribués à des actrices de 50 ans et plus, et la plupart sont dévolus à une poignée d’actrices. Comme le dit Catherine Piffaretti, les Catherine Deneuve, Isabelle Huppert ou Nathalie Baye sont « l’arbre qui cache la forêt ». Car la réalité professionnelle des comédiennes de plus de 50 ans est violente : les rôles disparaissent ou deviennent de pâles copies de nos vies réelles.

Hors professions artistiques, nous sommes d’ailleurs nombreuses à nous interroger sur cette vision de la femme digne d’une image d’Epinal où l’amante s’efface derrière la mère avant d’en être réduite à faire des cookies pour ses petits-enfants entre deux tricots et des publicités pour les couches Tena confort. 

Notre actrice confie d’ailleurs « Je devais jouer avec un acteur deux copains de fac, du même âge donc. Finalement, le choix s’est porté sur une actrice de 15 ans de moins. L’argument du producteur tenait en ces mots : « C’est plus agréable »… Plus agréable pour qui ? Va savoir. Plus gênant en tous cas qu’un acteur de 70 ans, prenant du ventre ou perdant ses cheveux qui jouera le quadra fringant au bras d’une jeune fille tout juste majeure.

Alors Elizabeth se bat, Elizabeth réalise à son tour un documentaire sur sa cousine intitulé « Ma cousine Mimi » qui retrace la vie de Micheline Masse, peintre autodidacte, décédée à 83 ans, née àla Chartre-sur-le-Loir dans la Sarthe, parcourant la France sur sa mobylette avec son matériel dans sa remorque. Une cousine qui envoyait valser les conventions et se moquait bien du qu’en-dira-t-on

« Le film a été projeté en avant-première à La Chartre-sur-le-Loir en présence du frère, (de la soeur et toute la famille et le village ) et de la fille de Micheline Masse. « C’est un hommage extraordinaire à Micheline, je suis heureux que les gens la connaissent », a déclaré André Masse après la projection.

Voir un extrait : https://www.youtube.com/watch?v=2Z4zWKn7cLE

Si son fils Jules Miesch est bien décidé (et bien parti) pour suivre les enjambées d’Elizabeth, parions que cette dernière n’a pas prononcé sa dernière réplique, ni lu son dernier scénario !

*  https://aafa-asso.info/category/tunnel/

« Ainsi seulement 9 % des rôles sont attribués à des actrices de 50 ans et plus, et la plupart sont dévolus à une poignée d’actrices. Comme le dit Catherine Piffaretti, les Catherine Deneuve, Isabelle Huppert ou Nathalie Baye sont « l’arbre qui cache la forêt »