Des journées de 54h
Questions à Joëlle Martinaux, vice-présidente de l’UNCCAS Santé et Handicap. Présidente de l’UNCCAS (Union Nationale des Centres Communaux d’Action Sociale (2014-2021), co-autrice du plan de lutte contre la pauvreté des enfants – délégation interministérielle de la lutte contre la pauvreté en 2018. Médecin urgentiste et généraliste, responsable de SOS Médecin Nice et régulatrice au centre 15-SAMU06. Membre du bureau du conseil de l’ordre des médecins en charge de la commission violences intra familiales et sécurité. (En Bref)
crédit photo : Maxime Pillet pour Unccas
Pour vous la journée idéale fait déjà 54h alors pourquoi avoir, en plus, créé SafeG ?
J’ai créé cette plateforme en avril 2020 lors à la première vague de Covid qui nous alarmait tous face à ce terrible constat : trop de patients ne pouvaient accéder à un médecin dès lors que leur état n’était pas jugé assez grave pour aller aux urgences.
Durant les confinements les patients malades et affolés n’avaient pas la possibilité d’accéder à un médecin avec beaucoup de cabinets fermés, la surcharge des urgences et l’invitation aux patients de ne pas s’y présenter sans signes de détresse… et ils étaient de plus en plus nombreux et de plus en plus en souffrance…
En tant que médecin, je trouvais ça inadmissible et je me suis dis que l’on ne pouvait pas rester sans initiatives ni sans chercher des solutions nouvelles pour apporter aux patients une réponse médicale.
Comment avez-vous pu mobiliser les moyens nécessaires alors même que le pays était à l’arrêt ?
Je pense avoir enfoncé toutes les portes et escaladé toutes les fenêtres ! Et j’ai eu la chance d’être immédiatement suivie par le maire de Nice, Christian Estrosi. Il nous a apporté les moyens logistiques nécessaires et est d’ailleurs toujours en soutien fort de SafeG. De nombreuses autres institutions du territoire – ARS PACA, CPAM06 et conseil de l’Ordre des Médecins des Alpes-Maritimes , département des AM – et quelques médecins libéraux solidaires ont apporté leur appui dans la foulée. Tout cet élan a permis à ce projet de démarrer en moins d’une semaine. C’est un formidable exemple de la dynamique de nos territoires quand on veut bien leur laisser la latitude nécessaire !
Et si le Covid devient une maladie saisonnière, SafeG continuera-t-elle à exister ?
C’est triste à dire, mais politiquement, la crise covid a été un déclencheur facilitant toute innovation, dont le numérique et la télé-consultation. Miraculeusement, les rigueurs réglementaires étaient tombées et nous offraient un boulevard pour expérimenter et démontrer les enjeux et résultats.
Pour autant la mécanique, l’outil peut répondre à d’autres problématiques actuelles ou à venir. Ainsi, nous avons également pu mobiliser la plateforme lors de la tempête Alex où les patients étaient bloqués dans leur maison et pour les réfugiés Ukrainiens.
Chaque fois, elle se remettait en situation de répondre à toues les sollicitations des malades en détresse face à un système à bout de souffle. Nous vivons dans un désert médical emplis de souffrance !
Concrètement comment fonctionne SafeG ?
Les patients s’adressent à nous quand ils ont épuisés tous les recours possibles d’accès à un médecin de proximité de leurs territoires. Le patient appelle la plateforme et est mis en liaison pour une téléconsultation, ou plutôt une visioconsultation dans 95% des cas, avec un médecin libéral généraliste de proximité pour assurer diagnostic, conseil et mise en place d’un traitement ou d’une décision d’orientation médicale. Le recrutement de nos médecins est ouvert à tous les médecins libéraux des Alpes-Maritimes qui acceptent d’assurer quelques créneaux de téléconsultations en plus de leur activité médicale libérale.
Notre recul de 2 ans de pratique avec 10000 appels nous a permis de démontrer que SafeG ne s’adresse pas seulement aux personnes âgées, la patientèle est plus diverses que nous ne l’avions imaginé au démarrage du projet.
Il existe déjà des plates-formes de téléconsultation, quel est le plus ou la différence de SafeG ?
Notre plate forme n’est pas une structure commerciale, j’insiste particulièrement là-dessus, mais une structure permettant la mobilisation des acteurs de la santé mais aussi du social d’un territoire au service des patients.
Nous mettons ce outil à leur disposition sans contre partie financière de leur part. A la différence de plateforme ayant pignon sur rue, notre modèle ne repose pas sur un financement par un prélèvement sur leurs honoraires. Deuxième axe de différenciation. La plate forme veille à l’accompagnement global aux soins si nécessaire. C’est-à-dire, qu’au-delà de la consultation, nous orientons vers des professionnels de santé mais également nous sommes en capacité de déclencher en urgence, si nécessaire, un accompagnement social.
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N’est ce pas trop ambitieux ?
On est jamais trop ambitieux dès qu’on parle de prendre en charge les souffrances ! C’est donc surtout une nécessité. Du fait de ma casquette de médecin généraliste et urgentiste, mais également en tant qu’ancienne présidente de l’UNCCAS, j’ai la chance d’appréhender ces deux facettes du patient : le médical et le social.
Cette ambition est rendue possible par le partenariat naturel qui s’établit avec tous les acteurs professionnels locaux de santé et sociaux de proximité.
C’est quoi l’avenir ?
Malheureusement la crise d’accès à un médecin perdure avec des malades en difficultés, pour diverses raisons, faute de pouvoir se déplacer vers un cabinet ou une maison médicale. Structures qui ne trouvent plus de médecins pour aller chez les gens, qui ne trouvent plus de remplaçants pour prendre le relais de leur médecin parti à la retraite, qui n’ont plus de médecin dans leur village ou quand les services de garde ambulatoire comme SOS médecin – quand il y en a – sont saturés…
Les vacances de fin d’année et la montée progressive d’épidémies hivernales ont déclenché une nouvelle hausse d’activité pour SafeG. C’est notre modèle qui a permis une réactivité immédiate et adaptable aux besoins avec pour mission essentielle : l’accès aux soins des malades sans recours de médecin de proximité.
Nous nous rendons également compte que des médecins commencent à donner notre contact en leur absence lorsqu’ils souhaite lever le pied quelques moments en sachant que leurs patients seront veillés par l’équipe des médecins disponibles.
Il y a donc un vrai besoin à couvrir qui dépasse les seuls temps de crise. SafeG s’oriente donc, dorénavant dans quatre axes de réponse médicale :
- aux patients de zones peu ou pas médicalisées, adressés par le 15 en journée, 7 jours/ 7 et prochainement en soirée ;
- aux habitants des villages sans médecin de proximité comme sur le village de Guillaumes où nous menons une expérimentation à la demande de son Maire, et qui s’étend progressivement aux autres petits villages du haut pays ;
- aux Ehpad, service séniors, structures médico social qui nous sollicitent pour soulager sur certaines périodes leurs médecins référents ;
- vers une plateforme opérationnelle au secours des patients de zone sinistrée lorsqu’ils sont dans l’incapacité de sortir de chez eux.
Des axes de développement seront aussi mis en place pour aider les médecins participants au dispositifs, mais nous y reviendrons un peu plus tard. Surtout l’avenir pour le modèle sera territoriale. Nous sommes déjà contacté par des métropoles, des communes, des départements qui souhaitent évaluer la possibilité de déployer Safe G sur d’autres territoires. Mais ça c’est la prochaine étape, même si les premiers contacts sont déjà bien engagés.
Et vous vous reposez quand ?
Me… quoi ?