N’eteignez pas la télévision
Questions à Patrick Sarréa, créateur insatiable de formats et collectionneur de casquettes
Après des études de Lettres et de Langues, Patrick Sarréa débute sa carrière en 1992 comme auteur indépendant (Programmes Courts, Fictions Jeunesse).
Il rejoint le groupe CANAL+ en mars 1997 pour lancer la version Espagnole de C : la chaîne cyber. Il prend ensuite la charge des activités Internet de C : où il participe à la création et la mise en place de la première expérimentation d’Internet via satellite pour CANAL+/CANALSATELLITE.
En 1998 il participe à la création de la toute nouvelle et première chaîne des jeux vidéo GAME ONE, il y produira de nombreuses émissions et en animera d’autres avant d’en devenir le Directeur des Programmes et de l’Antenne en 1999.
En 2002 il rejoint le Groupe AB devenu Médiawan où il est Directeur des Programmes adjoint en charge des Chaînes de Divertissements et Directeur Éditorial jusqu’en mai 2004 pour diriger les productions Internes et la création de NT1. En 2008 il fonde DE BIEN BELLES IDÉES puis NOVO MÉDIAS en 2016. Il rejoint le groupe Webedia en 2019 en tant que conseiller, directeur du divertissement, directeur de production et directeur d’antennes.
On dit « Stop » ? Bin non.
En 2023 il relance une société de conseils et de productions bi-médias avec la mise en place de nouveaux formats, des séries documentaires et la mise en place de nouvelles structures bi-médias : TV et plateformes digitales.
Un ancien président estimait que « si à 50 ans on avait pas une rolex, c’est qu’on avait raté sa vie » pourtant lorsqu’on retrace votre carrière, on se dit qu’elle semble bien plus riche qu’une tocante au poignet ! Si vous pouviez remonter le temps, que changeriez-vous ?
J’ai pour principe de ne pas vivre de regrets mais… pour vous je vais faire une exception : au moment de la reprise des parts de la joint-venture CANAL+/INFOGRAME (de GAME ONE la première chaîne européenne des jeux vidéo ) en 1999 par infograme, j’aurais dû rester chez CANAL + et ne pas me laisser croire qu’un actionnaire unique et éditeur de jeux vidéo serait d’accord pour nous laisser une véritable indépendance éditoriale .
Mais plus profondément j’ai toujours fais en sorte de rester dans ma ligne de morale personnelle à savoir rester fidèle à mes idées
Je passe mon temps à critiquer les recruteurs qui cherchent le mouton à cinq pattes : créatif, réalisateur, auteur, producteur, voix off, animateur, chef d’entreprise… Vous êtes du genre cumul des mandats ?
En France, les recruteurs passent leur temps à chercher en effet le mouton à cinq pattes mais avec toujours un mauvais objectif : le rendement.
A mes yeux, un mouton à cinq pattes doit, soit décider de ce qu’il souhaite retenir du « meilleur de ses compétences », soit être valorisé, promu afin de diriger, piloter des projets, jouer un rôle de conseil ou de guide pour l’entreprise .
En ce qui me concerne, depuis toujours, je suis tombé sur des recruteurs qui cherchaient le rendement ou le fameux « couteau Suisse » (alors que j’ai des origines Portugaises) pour mieux « tirer sur la corde » et au final ne pas optimiser mon savoir ou mes compétences.
D’où la création depuis 2008 de mes propres entreprises. Et puis j’aime bien collectionner les casquettes.
Du coup, comme pour les politiques, si je vous oblige à choisir votre casquette définitive, vous prenez quoi ?
Définitivement : créateur de formats (attention pas créateur de contenus, ça ne veut rien dire). C’est la plus belle chose dans nos métiers, trouver LA création qui « manque » pas forcément originale mais qui « manque » à un instant T.
J’ai de doux souvenirs de réunions avec le regretté Gilles Verlant à la fin des années 90 lorsqu’il était producteur pour CANAL + , souvent des nuits spéciales (Gainsbourg, Johnny Halliday, la nuit de la connerie et du mauvais goût etc..) Le champ des possibles et des idées était totalement ouvert. Comme le dit Pierre Lescure : le plaisir et LA CHANCE de la page blanche.
Nous sommes de la même génération (71, excellent crû !) Quelles évolutions ont traversé votre métier ? Si on garde le meilleur, on prend quoi ? Et le pire, on jette quoi ?
Le meilleur : les évolutions technologiques, la facilité d’accès et d’usage des outils audiovisuels.
Le pire : la même chose lorsque l’on pense que si ces outils sont maintenant accessibles : tout le monde peut le faire .
C’est faux, une caméra même quand c’est un iPhone , si elle n’est pas utilisée par quelqu’un qui a le sens de l’image, du cadre, reste juste une caméra.
Et demain, Jean-Pat, il se réincarne en quoi ?
En Bruno Carette pour le talent et l’homme qu’il était.