Il n’est pas venu en touriste
En tant que Responsable des affaires institutionnelles du Comité régional du tourisme Paris – Île-de-France (CRT), Emmanuel Blum a notamment piloté l’élaboration du Schéma régional de développement du tourisme et des loisirs d’Île-de-France 2022–2028. En avril 2023, le CRT a publié, en partenariat avec le Routard, le guide Paris Région Aventures pour partir en famille à la découverte de l’Île-de-France sur la base d’un jeu de piste.
Dans une vie antérieure, on le retrouve en train d’évaluer les évolutions potentielles de l’activité touristique et de son impact en Île-de-France à l’horizon 2030 et encore avant Adjoint au Maire de la ville d’Arcueil en charge du logement. Il faut dire que son truc à lui c’est de think global : aménagement, urbanisme et tourisme !
Du coup (adverbe qui remplace désormais l’intégralité des autres adverbes), vous êtes aujourd’hui « Préfigurateur de l’Agence d’attractivité · Plaine Commune » et là forcément la France veut savoir : c’est quoi un préfigurateur ?
Alors, un préfigurateur, c’est quelqu’un qui préfigure ! (ça aide la France hein ?).
La mission est globalement simple : mettre en œuvre, dans toutes ses dimensions, un projet voté par la collectivité : structure juridique, moyens financiers à trouver, répartition des missions entre la future agence, la collectivité et l’environnement institutionnel, construction du plan d’actions et de la montée en charge de l’agence, accompagnement du changement pour les équipes qui intègrent cette agence…
A la recherche d’une citation sympathique sur le tourisme, je m’aperçois que « le touriste » c’est toujours l’Autre et que l’Autre n’est pas très bien perçu. Comment on réhabilite ce malheureux touriste ?
C’est une question à laquelle je ne sais pas trop comment répondre tant il est vrai que le terme « touriste » souffre d’une image extrêmement négative. Sans doute les effets de décennies de critiques sur les « loisirs populaires » et sur les masses qui déferlent sur certains territoires côtiers notamment.
Pourtant nous sommes, toutes et tous, touristes à un moment ou à un autre de l’année, et que l’on soit adepte de farniente méditerranéen, de ski alpin, de randos auvergnates ou de gastronomie parisienne, les fondamentaux sont les mêmes : on passe un moment, sans travailler, à l’extérieur de chez soi, pour « s’aérer » l’esprit, et se reposer, voire évacuer la pression du reste de l’année.
Fustiger le tourisme de masse, n’est-ce pas un peu du snobisme de vieux routards ?
C’est clairement du snobisme, et un fond de lutte des classes. Fustiger ça c’est avant tout se distinguer. « Mes vacances sont plus intelligentes qu’occuper ma place au milieu de la populace sur une plage… » (je prends l’exemple de la plage, mais cela vaut aussi pour les groupes qui viennent voir la Joconde…).
C’est d’abord et avant tout de la distinction sociale, et du « c’était mieux avant, quand il n’y avait pas tout ce monde »… Que le tourisme de masse pose question sur son fonctionnement, c’est évident (prédation des espaces naturels,
surfréquentation de certains lieux et sites, pollution…), mais globalement cela n’est qu’une extension de l’activité touristique dans son ensemble, qui se pose ces mêmes questions.
Mettre les falaises d’Etretat derrière des plaques de verre, démonter les grilles à cause des « cadenas de l’amour », protéger les sites sensibles des escarpins des Instagrameuses : y a t’il une réflexion un peu globale en cours pour protéger sans renoncer ?
Si, cela se met en place, petit à petit. Au fur et à mesure de l’émergence de contraintes environnementales notamment, mais aussi de moyens financiers pour entretenir, et de « qualité de l’expérience » vécue par les visiteurs.
Partout en France, il est testé des choses : inscription obligatoire pour visiter les calanques, accès très restreint au Mont Blanc, « péage » imposé pour accéder à certains sites naturels, ou plus simplement horodatage obligatoire, ou du moins très recommandé pour l’accès à certains sites culturels très fréquentés.
Tout ceci est en cours d’expérimentation. Mais se heurte à la puissance de l’imaginaire véhiculé depuis des décennies sur certains sites (Paris, c’est la Tour Eiffel, Marseille, ce sont les calanques, les Alpes le ski, etc…). Il faudra du temps pour faire changer les attentes des touristes/visiteurs.
Je suis une grande fan des séries de France3 « Meurtre à…. » (oui j’assume) qui nous font voyager dans toute la France. On se souvient également de la
« Carte aux Trésors » « Du plus beau village de France » etc… La télévision et le cinéma sont les meilleurs vecteurs de communication ?
C’est un des principaux vecteurs de communication aujourd’hui, avec les réseaux sociaux. Amélie Poulain ou Da Vinci Code, en leur temps, Emily in Paris aujourd’hui… Ces productions audiovisuelles donnent envie de venir à Paris. Notamment aux jeunes générations.